Un cimetière anglais hanté par une sorcière

Le procès des sorcières de Pendle en 1612 est sans conteste le plus sombre de l’ histoire de la sorcellerie britannique. Nombreuses furent celles qui ont été emprisonnées et assassinées dans le Château de Lancastre. Les fantômes de ces persécutées hantent-ils toujours le comté de Lancashire ?

Retour sur un procès qui a défrayé la chronique britannique, bien que les poursuites pour pratique de la sorcellerie était monnaie courante autrefois.

Histoire et origine du procès.

Douze personnes, originaires de Pendle, furent accusées de sorcellerie. Une ne sera pas jugée puisqu’ elle mourra en détention, dix seront jugées à Lancastre, et la dernière à York. Une seule sera innocentée.

L’ origine du procès est une rivalité entre les familles des accusées, surtout entre les femmes : Elizabeth Southerns (surnommée Old Demdike) et Anne Witthle (surnommée Mère Chattox). Certaines étaient des sorcières bien connues de tous. A l’ époque, la magie fascinait autant qu’ elle inspirait de la crainte. Rappelons-nous que le Roi James Ier s’ intéressa à ce sujet et y consacrera un ouvrage. Réfractaire à la magie, le Roi imposa la pratique de la religion à tous ses sujets : ne pas aller à l’Eglise constituait un crime.

L’ histoire débute avec l’ une des accusées, Alizon Device, mendiante. Croisant un habitant de Pendle, John Law, Alizon lui demande l’ aumône. Law la lui refuse. Alizon le maudit. Quelques semaines plus tard, Law fit une attaque et accusa Alizon de lui avoir jeté un sort. Alizon niera être à l’ origine de la maladie de Law, mais avouera lors de son procès qu’ elle a invoqué le Diable pour « punir » Law de son avarice. Sous la torture, elle accusera sa grand-mère, Old Demdike ainsi que la famille Chattox de sorcellerie.

La famille Chattox pratiquait-elle réellement la sorcellerie ou Alizon s’ est-elle vengée ? En effet, le père d’ Alizon accusait ouvertement la famille Chattox de l’ avoir rendu malade. Il décédera et Alizon nourrira une rancune envers les Chattox.

Il semblerait que la première théorie soit exacte. En effet, quelques années avant le procès, on accusa la famille Chattox de quatre décès de villageois de Pendle. Elizabeth et Anne avoueront sous la torture avoir livré leurs âmes au Malin. Sur ces accusations, Anne et Alizon seront incarcérées dans l’ attente de leur procès.

Seules les deux femmes auraient pu être jugées. Mais le vol par un des frères d’ Alizon conduira à une enquête approfondie et débouchera sur l’ arrestation de huit autres personnes. Toutes seront torturées avant d’ être emprisonnées puis jugées (Elizabeth échappera au procès en raison des conditions d’ emprisonnement, elle mourra en prison).

Les procès aux Assises de York et Lancastre.

Le 27 Juillet 1612 débute à York le procès de Jennet Preston, neuf ans. Elle fut jugée pour avoir assassiné par la pratique de la sorcellerie un certain Lister. La seule preuve contre elle était l’ incantation qu’ elle récita en touchant le cadavre. Elle fut reconnue coupable et pendue. Avant son exécution, elle sera entendue en qualité de témoin dans le procès de Lancastre.

Tous les autres accusés furent jugés au procès de Lancastre qui s’ ouvrit les 18 et 19 Août 1612.

Le 18 Août furent jugés Elizabeth et Charles Device, et Anne Whittle.

Elizabeth Device fut accusée de plusieurs crimes, dont certains auraient été commis avec Elizabeth Demdike et Alice Nutter. Les enfants de Elizabeth Device, Jennet et Charles Device, témoigneront contre leur mère. Ils déclareront que leur mère pratiqua la sorcellerie et fabriqua des figures en argile. Sur ces témoignages, elle fut reconnue coupable. James Device sera à son tour condamné pour sorcellerie sur le seul témoignage de sa soeur et de ses confessions.

Anne Whittle fut accusée du meurtre de Robert Nutter. Bien que niant les faits, de nombreuses preuves l’ accablaient, dont les témoignages de ses voisins. Elle finira par reconnaître les faits. Elle sera reconnue coupable.

Le 19 Août furent jugées Anne Whittle et sa soeur Anne Redferne. Anne Whittle fut accusée du meurtre de Henry Mitton. Elle aurait provoqué sa mort par sorcellerie avec Elizabeth Demdike et Elizabeth Device. Elle sera condamnée sur l’ affirmation d’ un témoin qui l’ aurait entendu parler du meurtre.

Quant à sa soeur, Anne Redferne, les témoignages sont unanimes sur le fait qu’ elle a fabriqué des figurines à l’ effigie de la famille Nutter. Elle niera les faits et surtout, elle ne compromettra aucun autre accusé. Elle fut reconnue coupable.

Finalement, le procès ne reposera que sur les accusations que ces deux familles porteront l’ une contre l’ autre. S’ agissait-il d’ une guerre intestine montrant à l’ autre qui est la famille la plus puissante ?

La hantise.

Sur les onze personnes ayant été jugées, neuf femmes et deux hommes, dix ont été reconnues coupables et exécutées par pendaison, et une seule sera acquittée. La rivalité entre ces deux familles ont probablement fait des victimes innocentes. Seraient-ce elles qui hantent le cimetière de Pendle ?

C’ est la pensée d’ une célèbre médium, Christine Hamlett. En effet, Christine mena son enquête sur le procès de sorcellerie qui secoua la région. Elle prie une série de clichés. Un en particulier attire son attention : on peut y voir le fantôme d’ une petite fille dont le visage semble émerger d’ une pierre tombale. En raison de son jeune âge apparent, Christine est persuadée qu’ il s’ agit du spectre de Jennet, âgée de neuf ans, reconnue coupable de sorcellerie et exécutée par pendaison.

Christine livre : « Je sentais une présence dans Pendle. Vous pouvez voir lecontours d’ une jeune fille sur les photos. Je pense que ce cimetière est hantéJ’ ai toujours été attirée par la région en raison de son histoire et de ses légendesJe sentais la présence de Jennet quand j’ étais dans le cimetière et quand j’ ai regardé en arrière-plan sur les photos il y avait aussi l’ ombre d’ un homme sur l’ une d’ elles. Je pense que cela pourrait être le juge. »

Il est intéressant de noter que se vanter ou accuser autrui de pratiquer la sorcellerie pouvait être lucratif dans un contexte économique difficile et d’ activisme religieux. Les registres du Tribunal de Lancastre montrent un nombre anormalement élevé de procès pour sorcellerie. Le procès de deux famille rivales tend à le prouver : la famille étant reconnue coupable de sorcellerie montrait par là même sa toute puissance.  Pour certains, la pratique de la sorcellerie, bien que risquée, pouvait se révéler un commerce juteux.

22801
Évaluer cet article
Thanks!
An error occurred!

2 réflexions au sujet de « Un cimetière anglais hanté par une sorcière »

Laisser un commentaire